Merci pour tout, Patricio, et hasta siempre ! 

L’immense documentariste chilien, installé en France depuis de nombreuses années suite à un exil l’ayant fait passer avant par Cuba et Madrid, nous a quittés le 15 septembre 2026. Depuis sa première venue aux Rencontres de Toulouse en 1993, ses films et sa présence nous ont accompagné·es pendant plus de deux décennies. Revenu une première fois en 2004, puis une deuxième en 2015 pour une inoubliable clôture avec le deuxième film de sa trilogie sur la mémoire, Le bouton de nacre, il nous a offert un grand entretien en direct sur l’écran de la grande salle de la Cinémathèque en 2022, à l’occasion de la rétrospective organisée par Cinélatino. Pour reprendre les mots de l’une des collaboratrices du comité en charge de la sélection documentaire, Patricio Guzmán fera toujours partie de l’album de famille du festival. La tristesse qui a accompagné l’annonce de son décès nous fait cependant redoubler d’envie de continuer son combat pour la mémoire.

En 2004, il déclarait dans l’une des capsules vidéo « Ahorita » faites par notre équipe : « travailler la mémoire, c’est travailler sur le futur fondamentalement ». Plus de cinquante ans après le coup d’État de Pinochet et à l’heure où les forces issues de l’héritage de la dictature ont repris le pouvoir au Chili à travers le président d’extrême-droite José Antonio Katz, il semble toujours et encore nécessaire de se battre pour que soient diffusées et accompagnées les images du passé, de la répression, des silences imposés, mais aussi celles des luttes pour l’avenir. Avec la très grande inquiétude aujourd’hui même des résultats des élections au Brésil mettant Flávio Bolsonaro devant Lula.

Au cœur de chaque film de Guzmán, il y a la parole et l’action : celles des individus qui se battent pour que la politique se fasse depuis un angle nouveau (trilogie La bataille du Chili, 1975-1979), celle des hommes et des femmes qui ont connu l’apogée et la chute de Salvador Allende ainsi que la répression issue du coup d’État (Chili, la mémoire obstinée, 1997; Salvador Allende, 2001 ; Le cas Pinochet, 2004) et, enfin, celles des scientifiques et des Chilien.nes qui continuent de témoigner sur le passé, tout en regardant vers le futur (trilogie de la mémoire : Nostalgie de la lumière, 2010 ; Le bouton de nacre, 2015 et La cordillère des songes, 2019).

Patricio Guzmán a recueilli patiemment et sans relâche depuis la fin des années 1960 des images et des mots, qu’il a farouchement préservés et obstinément montrés sur les écrans du monde entier. S’impliquant de plus en plus intimement dans cette écriture audiovisuelle, sa voix lente et grave est omniprésente dans ses derniers films. Il raconte, il tisse des échos poétiques, historiques et scientifiques entre l’histoire chilienne et les questions universelles : celle du pouvoir et de la domination par la force et celle des résistances nécessaires qu’il n’aura eu de cesse de mettre en lumière. Le festival s’engage à maintenir vivantes les flammes du documentaire, les lumières des éclairages sur l’histoire latino-américaine et les fulgurances des réflexions sur les futurs possibles. Merci pour tout, Patricio, et hasta siempre !